Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Actualité des religions en Autriche

On apprend le 16 février la démission de Gerhard Maria Wagner 🙂

A la fin de ce post, l’article paru au sujet de l’enseignement de l’islam dans Le Monde (18/2)

Une affiche en FranceLe cas Williamson, du nom de cet évêque négationniste et ultra-conservateur réhabilité par le pape Ratzinger, a un peu occulté ce qui se passe dans d’autres pays. En Autriche, par exemple, cela fait une semaine que les premières pages des quotidiens sont consacrées aux religions. Die Presse, classé plutôt à droite, se demande en une, le 14 février, « Dans quelle mesure l’Autriche est-elle catholique ? », le très médiatique Cardinal Schönborn (celui-là même qui avait critiqué le darwinisme dans le International Herald Tribune du 7 février 2007) a annoncé une réunion de crise (cf. cet article dans Der Standard, plutôt centre-gauche) !

Pourquoi tant de remous ?

Avant tout en raison de la nomination de Gerhard Maria Wagner comme évêque auxiliaire (Weihbischof) à Linz. Cet homme est connu pour au moins trois prises de position : il a affirmé que l’homosexualité était une maladie, que les morts du tsunami de 2004 en Thaïlande n’étaient que les victimes d’une punition divine pour avoir déserté l’église à Noël afin de se dorer la pilule au soleil et – se spécialisant, vous l’aurez compris, sur les catastrophes naturelles – il est allé jusqu’à affirmer que l’ouragan Katrina était aussi le résultat d’une action divine pour nettoyer New Orleans, cette ville aux mille péchés. Ce qui est assez choquant, c’est de constater combien ce M. Wagner a été soutenu par sa hiérarchie. L’évêque de Feldkirch, Elmar Fischer, a déclaré à son tour le 11 février que l’homosexualité était une maladie, avant de tenter de se rétracter, très maladroitement, deux jours plus tard. La réponse d’Amnesty international et du collectif « initiative des homosexuel(le)s viennois(es) » a été des plus joyeuses : une grande embrassade généralisée (« Kiss-in ») devant la Cathédrale Saint-Etienne de Vienne (Stephansdom), le jour de la Saint-Valentin, pendant que se tenait une messe !

Depuis quelques années, l’église catholique a des soucis en Autriche. Il y a quatre ans, c’était des cas de pédophilie qui étaient révélés (un autre prélat, Kurt Krenn, faisait alors parler de lui). Dans un pays où l’Etat et la religion ne sont pas séparés, où, par exemple, des impôts sont prélevés sur les revenus pour payer les représentants des treize religions reconnues, on note de nombreuses demande de radiation de l’église catholique (45 595 en 2008 contre 36 858 l’année précédente, détails ici) !

Du côté de la religion musulmane, 2ème ou 3ème religion du pays, devant ou derrière le protestantisme, selon les estimations, la situation n’est guère plus brillante. Une étude (commentée en français ici) a montré que bon nombre d’enseignants de religion musulmane ne possédaient aucune formation pédagogique (40% !) et qu’un cinquième d’entre eux refusaient la démocratie si cela amenait à contredire l’islam. Cette semaine, un enseignant de religion musulmane s’est vu retiré son autorisation d’exercer… après avoir appelé ses ouailles à ne pas acheter chez les Juifs (« kauf nicht bei den Juden »). Il donnait d’ailleurs une liste de marques « juives » à boycotter.

Ah, que tout serait plus simple, si les religions prenaient moins de place dans la sphère publique autrichienne ! Même Die Presse, commence à s’intéresser à ce qui s’est passé en France, en 1905 (cf. cet article), alors ces crises multiples seront peut-être salutaires !

PS/ au sujet des scandales actuels dans l’église catholique autrichienne, voir aussi cet article publié par Maurin Picard et cet entretien avec Stephan Grigat, « Trennung von Staat und Kirche noch nicht vollendet ».

Une thèse de doctorat sur l’enseignement de l’islam crée un tollé en Autriche
VIENNE CORRESPONDANCE

e contenu d’une thèse doctorale sur l’enseignement de la religion islamique ébranle l’Autriche. Sur les quelque 400 enseignants de l’islam, 22 % rejetteraient la démocratie. Ce n’est certes que le travail d’un étudiant, mais la presse s’enflamme, le personnel politique monte au créneau, on demande la tête du président de la communauté islamique. Après cinq jours de tempête, la ministre de l’enseignement, Claudia Schmied, calme le jeu en passant un pacte avec la communauté : l’enseignement de la religion islamique sera désormais contrôlé par l’Etat autrichien.

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L’islam est une des treize religions reconnues depuis l’annexion de la Bosnie par l’Empire austro-hongrois en 1912. A ce titre, elle est enseignée depuis 1982 à environ 40 000 élèves de secondaire de confession musulmane. Les enseignants rétribués par l’Etat sont nommés par la Communauté islamique autrichienne, responsable du programme et de l’élaboration du matériel pédagogique.

L’Etat autrichien a-t-il fait preuve d’un trop grand laxisme en accordant à cette religion les mêmes prérogatives qu’à d’autres ? La thèse de cet étudiant à l’institut de pédagogie de l’université de Vienne, Mouhanad Khorchide, lui-même de confession musulmane et enseignant de religion, a mis le feu aux poudres.

Sur les 210 enseignants ayant répondu à son questionnaire, 22 % rejetteraient la démocratie, jugée incompatible avec l’islam, 29 % tiendraient pour impossible de s’intégrer dans la société autrichienne sans perdre son identité religieuse, 28 % considéreraient qu’être européen et musulman est une contradiction.

Les données dont la presse autrichienne s’est emparée et repue sont explosives, aptes à fourbir une guerre de religion. Pourtant les résultats de l’étude sont plus contrastés, voire contradictoires : malgré les craintes de perte d’identité, 77 % des interrogés se considèrent comme partie intégrante de la société autrichienne, 86 % ne pensent pas que les musulmans devraient rester entre eux pour conserver leur identité et 73 % seraient partisans du développement d’une identité musulmane européenne, selon le magazine Falter, à l’origine de la diffusion de l’étude.

L’énoncé suggestif des questions suscite par ailleurs des interrogations sur sa valeur scientifique. Son principal mérite est de mettre le doigt sur les carences de la gestion de l’enseignement par la Communauté islamique. Jusqu’à 2003, aucune inspection n’a eu lieu.

Pour apaiser le débat, le ministère de l’éducation a passé un pacte avec la communauté islamique, le 2 février. Il institue un contrôle nouveau sur l’enseignement de la religion islamique et met celle-ci au défi de se rénover.

Dix jours, plus tard, il est suivi d’effets. Un enseignant accusé d’avoir diffusé un appel au boycottage de magasins juifs a été radié. La polémique a fait resurgir un débat enterré : celui du remplacement de l’enseignement religieux communautaire par un cours d’éthique pour tous. L’église catholique autrichienne n’y voit aucune urgence.

Laurence Monnot
Article paru dans l’édition du 18.02.09
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15 février 2009 - Posted by | Autriche, Catholicisme | , ,

Un commentaire »

  1. merci pour l’article

    Commentaire par Sandra | 26 août 2009 | Réponse


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