Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Du bleu au brun (*)

Alexander van der Bellen (Verts) montre le T-shirt

Alexander van der Bellen (Verts) montre le T-shirt

Des attachés parlementaires qui commandent à leur bureau des articles néo-nazis comme ce beau T-shirt noir, vous trouvez ça normal ? Le signe 88 qui figure sous l’aigle du Reich est un grand classique, il correspond à la huitième lettre de l’alphabet, répétée deux fois, et signifie « Heil Hitler ». Les ultras du club de foot Rapid, ceux qui partagent avec les Boulogne Boys du PSG la curieuse propension à lever le bras droit dans les stades, se nomment ainsi « Rapid88 ». Un de ces attachés parlementaires du FPÖ  – parti dit « libéral », en réalité le plus grand parti d’extrême-droite (dirigé par H.-C. Strache), 17,5% aux dernières législatives du 28.09.08 – a d’ailleurs indiqué « Ostmark » dans son adresse de livraison, dénomination de l’Autriche à l’époque nazie (Cf. Profil, 19.1.09).Avec le BZÖ de Jörg Haider, l’extrême droite avait obtenu plus de 28% des voix et les sondages estiment à 42% le pourcentage de voix brunes chez les hommes de 16 à 30 ans (cf. mon billet au sujet de ces élections – à ces élections le droit de vote était abaissé à 16 ans).

Depuis le 28 octobre dernier, le troisième président du Parlement autrichien n’est autre que Martin Graf, du FPÖ, élu avec 109 voix (sur 156 suffrages exprimés), soit bien plus que les 55 voix des rangs de l’extrême-droite. Car voyez-vous, l’Autriche est un pays de tradition – pas seulement pour les Strudel, Dirndl et Heuriger – et  et bien qu’aucune loi ne l’exige, les députés ont l’habitude d’élire les trois présidents parmi les trois partis arrivés les premiers aux dernières élections. Seuls les Verts ont tenté de s’y opposer mais des députés ÖVP (conservateurs) et SPÖ (sociaux-démocrates) ont participé à l’élection de Graf, par ailleurs célèbre pour son appartenance à la Burschenschaft Olympia, groupement ouvertement néo-nazi qui s’est notamment illustré en invitant en 2005 un négationniste notoire, David Irving, pour une « conférence ».

Graf s’est officiellement démarqué du choix de ses collaborateurs dans leur commande à distance, mais il a refusé de se séparer de leurs services comme l’exigeaient les Verts. Au même moment, le gouverneur de Carinthie s’est amusé à raconter des « blagues sur les nègres » (Negerwitze), et se justifie dans un entretien au Standard (« on peut bien s’amuser un peu »). Comme l’explique Wolfgang Purtscheller dans un entretien paru le 23.01.09, « le FPÖ ne se gêne plus dans ses contacts avec les néo-nazis ». Puisque beaucoup de lecteurs francophones ne lisent pas l’allemand, je traduis une partie de cet entretien :

(…)

derStandard.at : Quelle image est ainsi donnée de l’Autriche ?

Purtscheller : Le problème principal c’est que toute l’histoire de la Deuxième République [NDJ, à partir de 1945] est marquée par une tolérance vis à vis de l’extrême-droite. Depuis 1945, on n’a jamais tiré un trait, comme ça a été fait en Allemagne. On a toujours essayé d’une façon ou d’une autre d’intégrer les anciens nazis.

derStandard.at : Qu’est-ce que l’Autriche a fait de différent dans son travail de mémoire, par rapport à l’Allemagne ?

Purtscheller : L’Autriche est toujours considérée comme la première victime du nazisme. Cela soulageait bien, on a pu se nettoyer très facilement. Le fait que tous les grands partis aient tenté de récupérer le gigantesque potentiel des nazis a été également décisif. Avec 688 000 membres, l’Autriche avait la plus grande densité de nazis de tout le Troisième Reich [NDJS, autres statistiques intéressantes : les Autrichiens représentaient 8% de la population du Reich, ils constituaient cependant 14% des SS, 40% du personnel des camps d’extermination… et 70% des services responsables de la logistique de la solution finale sous la direction d’Eichmann (David Art, The Politics of the Nazi Past in Germany and Austria, 2005, Cambridge University Press, p. 43)]. Il n’y a jamais eu de rupture.

En Allemagne, on a tiré un trait. Les extrémistes ont été exclus et le sont encore. Chez nous il y avait un concours à celui des partis qui récupèrerait le plus d’anciens nazis. Chacun des trois partis de l’immédiate après-guerre, SPÖ, ÖVP et KPÖ (parti communiste) avait une structure pour l’intégration des nazis. En se tournant vers un parti, un nazi obtenait pour ainsi dire un blanchiment de son passé . Dans la justice, c’était particulièrement frappant car ce sont les mêmes nazis qui ont poursuivi leur carrière après 1945, à au moins 90% [NDJS, voir le cas du Dr. Gross ou la pièce Vor dem Ruhestand (Avant la retraite) de Thomas Bernhard]. L’Autriche est donc le pays qui n’a pas dépassé le nazisme mais l’a intégré.

Le national-socialisme a constitué pour ainsi dire une rente. On ne doit pas oublier que les grands groupes nationalisés, comme VOEST [NDJS, aciéries] ou les carrières de Styrie, ont été créés sous le national-socialisme par l’utilisation du travail forcé.

derStandard.at : Cet élément d’intégration [du national-socialisme] est-il encore ancré dans les têtes – du moins inconsciemment ?

Purtscheller : Je crois que la conscience du mal ou de l’injustice n’est pas très grande en Autriche. (…)

derStandard.at : Comment le SPÖ et l’ÖVP doivent-il agir ?

Purtscheller: Je n’attends rien de ces deux partis. Ce serait une rupture avec une tradition de plus de 60 ans. (…) Pour l’apparence, il va bien sûr y avoir des protestations, on va exiger qu’il se sépare de ses collaborateurs… mais sur le fond rien ne va changer. Le principe c’est une forme de tolérance.

(…) La scène néo-nazie se restructure depuis deux ou trois ans ; on assiste à un développement, comme la dernière fois dans les années 80.

derStandard.at : Est-ce que l’électeur moyen du FPÖ se rend compte que le FPÖ a glissé près des néo-nazis?

Purtscheller : Je considère ça comme une grosse erreur de dire que ces électeurs ont voté pour ce parti pour protester. J’habite dans un quartier de travailleurs, j’entends ce que les gens disent et ils ont souvent des propos racistes. (…) Ça ne veut pas dire cependant qu’ils sont tous néo-nazis.

(*) Le bleu associée au FPÖ (comme le rouge pour les sociaux-démocrates du SPÖ, le noir pour les conservateurs de l’ÖVP, l’orange pour le BZÖ et le jaune pour les libéraux du LIF).

24 janvier 2009 - Posted by | Autriche, Nazisme | , , , , ,

Un commentaire »

  1. En démocratie ont a le droit de ne pas avoir les mêmes idées que ceux qui veulent que l’ont a les leurs Et que l’ont croix ce qu’eux veulent que nous croiont Et chacun a le droit de mettre ce qu’il veux. il y bien d’autres signes extérieur qui choques certaines personnes et pour les quels ont ne dit rien Alors soyez democrate.

    Commentaire par xx | 27 mai 2009 | Répondre


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