Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Des menaces sur le droit à l’avortement

Die Presse, 3.12.2007

Die Presse, 3.12.2007

Il y a quelques temps déjà que j’avais envie d’évoquer ce thème : en Autriche, des employés de l’organisation Human Life International, indirectement payés par la maison mère aux Etats-Unis, passent leur journée avec des chapelets et parfois des pancartes (format homme sandwich) devant les rares lieux, à Vienne, où les femmes peuvent avorter (cf. cet article). Ils distribuent des tracts, même des livres, et exercent une pression psychologique sur les femmes qui entrent dans ces cliniques, leur tendant des photos de fœtus, des modèles bien colorés, grandeur nature, en plastique etc. Sur le trajet de 4 km que je fais en vélo pour aller au travail, il y a un des sept lieux où l’IVG est pratiquée. Pour une ville de 1,7 million d’habitants, 7 centres c’est peu, et – pire encore – dans certains Länder l’absence de centres oblige les femmes à traverser l’Autriche pour venir avorter à Vienne.

Cette semaine, par +1°C, il y avait un de ces fanatiques avec son chapelet. Comme j’avais un peu de temps, je suis descendu de mon vélo pour le photographier, ce qui ne l’a pas vraiment réjoui.

Mardi 9 décembre

Mardi 9 décembre 2008

Am Fleischmarkt, à côté d’où se trouve leur QG, dans le centre historique de la ville, je m’étais fait courser pour avoir pris une photo et jeté leurs prospectus à la poubelle…

Am Fleischmarkt, été 2007

Am Fleischmarkt, été 2007

Mais voilà le contexte juridique et historique :

Sur le principe, en Autriche comme en Allemagne, l’avortement est interdit… et exceptionnellement autorisé sous quelques conditions (12 semaines, l’entretien n’est pas obligatoire en Autriche). Chez le grand voisin du nord, l’esprit négatif de cette législation a expliqué, dès 1971, l’engagement d’Alice Schwarzer et bien d’autres contre le fameux §218 du code pénal (en Autriche, c’est le §96, en vigueur depuis 1975). Bon, bien sûr, la situation en Autriche est meilleure qu’à Malte (avortement interdit), en Irlande (les femmes doivent menacer de se suicider) ou en Pologne (ah la Pologne…) mais tout de même, l’Eglise catholique fait des dégâts ! D’ailleurs à ma connaissance, s’il y a eu en France, en 1971, le Manifeste des 343 salopes, puis, juste après, celui des 374 « Frauen », en Allemagne, je ne connais rien de semblable en Autriche (informations bienvenues ! Il y a bien eu, dès 1969, le Frauenring, mais son influence n’a – je crois – pas été comparable).

En 2007, les THIC (Très Hautes Instances Catholiques) ont voulu excommunier le propriétaire d’une centre commercial, Richard Lugner (un personnage public de premier rang en Autriche) pour avoir accepté de louer des locaux à un cabinet médical pratiquant l’IVG (ici la source catho confirmant cela). Régulièrement, des cathos intégristes manifestent contre le droit à l’avortement (comme ici à Salzbourg, en juillet 2008). Il ne s’agit pas d’interdire les manifs, bien sûr, mais de faire respecter le droit des femmes. Avorter est une décision suffisamment difficile à prendre pour que des intégristes ne viennent pas vous remettre dans la rue des photos de fœtus, non ?

Une association (Schutzzone) demande à ce que l’Autriche se dote d’une législation comparable à ce qui existe en France, où les personnes qui empêchent l’avortement peuvent être poursuivies (Art. L. 2223-1 et Art. L. 2223-2 du code de la santé publique, Chapitre III : Entrave à l’interruption légale de grossesse)… Un article paru il y a un an dans Die Presse annonce cela pour 2009, mais cela ne semble plus tellement d’actualité, même si la fédération des associations féministes (le Frauenring) en a fait à nouveau la demande, fin novembre, au gouvernement de coalition fraîchement formé.

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13 décembre 2008 - Publié par | Autriche | , , ,

2 Commentaires »

  1. Il y a quelques années, je souffrais d’allergies et suis allée me faire tester et suivre au Fleischmarkt dans le même immeuble ou se trouvait (peut-être se trouve encore) une clinique d’avortement.
    C’était à chaque fois que j’étais assaillie par ce genre de personnes (tracts, photos, etc. exactement comme tu l’as décrit). J’avais beau leur dire que je n’allais pas me faire avorter ils continuaient de plus belle. Je trouve qu’ils dépassent largement, par ce genre d’actions, le cadre des libertés individuelles. C’est en fait une forme de terrorisme. Merci de l’avoir souligné.
    J’ai lu qu’aux EU ils vons encore plus loin, ne se contentent pas de l’agression verbale et peuvent meme aller jusqu’a l’agression physique. Je m’estime donc heureuse de ne pas avoir ete tabassée.
    Je suis pour un avortement gratuit, encadre d’une assistance psychologique ainsi que d’un cours de contraception. L’avortement devant rester un dernier recours et non pas une methode contraceptive.

    Commentaire par Marie | 15 décembre 2008 | Réponse

  2. merci pour cet article intéressant.
    Tu pourrais faire un lien vers la très belle chanson d’Anne Sylvestre sur ce sujet ("tu n’as pas de nom" je crois, qui montre bien que cette question est bien une question individuelle et intime, souvent douloureuse et qui ne concerne en rien les réac et obscurantistes de tout bord.

    Commentaire par Sousse | 9 février 2009 | Réponse


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